Tout ceci n'est qu'un "je"

B. Philippe, le je et le jeu Lorsqu’il réalise l...

Peintures

B.Philippe

Pascal Vilcollet (peintures)

B.Philippe

b.philippe


Né en 1983 à Paris, vit et travaille à Montreuil

B. Philippe, le je et le jeu
Lorsqu’il réalise l’autoportrait à l’encre brune qui se trouve aujourd’hui
au British Museum, Rembrandt a 21 ans. Lorsque Courbet dessine
l’autoportrait dit « au chevalet » du Louvre, il a 28 ans. Par l’âge, B. Philippe
se situe entre ses deux glorieux devanciers commençant à étudier
passionnément leurs visages respectifs (ils continueront). Or il ne voit
pas du tout la même chose qu’eux. Le hollandais était fasciné par son
propre regard, inquiet, scrutateur, tragiquement lucide. Le français se
composait, non sans une certaine complaisance, un personnage vu
en contre-plongée, avec la physionomie décidée d’un jeune artiste
sûr de lui et de son avenir. Rien de tout cela chez B. Philippe qui a saisi
son apparence à cinquante reprises par le moyen de la photographie
avant de traduire à chaque fois cette dernière, à sa manière, sur une
toile de 50 x 50 cm. Précisément, il s’est toujours représenté l’appareil
à la main : en pleine action, ou jouant avec lui ou encore masqué par
lui (totalement ou partiellement). Le titre de la série est explicite : Tout
ceci n’est qu’un « je ». Un je, bien sûr, mais aussi et sans doute surtout un
jeu. B. Philippe est trop jeune et trop peintre pour ne parler que de lui,
alors, il joue avec les infinies possibilités de la peinture qui elle-même
joue avec la photographie. C’est libre, frais, inventif, décontracté.
B. Philippe est évidemment de son temps, mais avec une capacité
d’invention plastique et un talent devenus rares ces temps-ci. A savourer
sans modération.
Jean-Luc Chalumeau
novembre 2010
B.Philippe
Déjà petit, il était grand. Aussi n’a-t-on cessé de le lui répéter. « Mon Dieu,
si grand, tellement grand… » Du coup il l’est devenu, grand. Vraiment.
Et je ne parle pas tant de la taille de ce jeune homme –grand, c’est
certain- que de son talent. Une manière de maturité picturale, un savoir,
une sûreté. Il trace juste. Il maîtrise une palette classique ET moderne.
Il épate.
Silencieux, tranquille, il peint. Il est absolument peintre. Il a la grâce.
Le duende disait Lorca pour traduire ce qu’on ne peut expliquer mais
qu’on ressent.
Oh ! Si. Bien sûr, on peut trouver des mots techniques et vaguement
pédants pour décrire ses travaux, mais la grâce est ce qui traduit le
mieux l’impression profonde que produisent ses cinq premières séries. La
dernière surtout, qui semble répondre, sinon faire pendant, à « Un Air De
Famille » laquelle représentait des singes en des attitudes, mettons fraternelles.
Des singes si proches et si lointains.
Là il a osé s’en prendre à l’auto-portrait sans la dérision facile ni le faux
recul goguenard à la mode. Juste, il a réinventé l’humour en peinture,
un humour tendre envers soi. Ça n’est pas si aisé de « peindre celui qui
peint », de voir celui qui (se) voit », à la fois tendu et fragile, attentif et si
précis : l’être humain au raz de soi.
Il y a dans ses toiles une simplicité de lecture qui donne à voir tant de
choses… Tant d’autres choses… Un regard tellement honnête -intransigeant-
que ça en devient dérangeant. Presque inconfortable de franchise.
Cette petite cinquantaine d’autoportraits ne s’appelle pas par hasard
« ceci n’est qu’un je ». Elle a la puissance du jeu de l’enfant quand il se
décrète roi des étés et devient réellement le roi des étés.
Il n’a pas fini d’entendre dire qu’il est grand. B.Philippe.
Qu’il ne s’arrête plus de grandir, voilà tout le mal que je lui souhaite.
À Paris, le 18/10/10
Sophie Chauveau & Juliet Gavison
2001 à 2005 : étudie à l’E.P.S.A.A. (École Professionnelle Supérieure d’Art Graphique et d’Architecture de la Ville
de Paris)

Juil./Sept. 2004 en Afghanistan (Kaboul) 
illustrateur et maquettiste d’un magazine pour enfants

Diplômé de l’E.P.S.A.A en juin 2005

On entre dans l’atelier de b.philippe et l’on est saisi en apercevant, de loin, ce qui semble être une répétition de modules unitaires : de minces toiles verticales, chacune habitée par une unique forme. On imagine un instant que la démarche de l’artiste est comparable à celle d’un Carl Andre, marqué par les alignements mégalithiques contemplés dans l’enfance. Or ce n’est pas cela : l’art n’en aura sans doute jamais fini avec la répétition, mais Philippe ne fait que répéter un format et un parti : celui de peindre des personnes, seules sur fond écru.
Toutes ont les pieds nus, toutes sont jeunes. Garçons et filles de la génération de Philippe, tous connus de lui et tous fortement individualisés. Il leur a demandé de se coucher sur le sol, libres de leur comportement, il les a photographiés en se plaçant au-dessus d’eux, les clichés ont été photocopiés et sont devenus la matière première d’un étonnant travail de peinture.
Les voici présentés à la verticale, et une légère ombre portée à la base de chaque sujet contribue à perturber le spectateur : étranges positions que celles de ces jeunes gens dont il est indiqué qu’ils sont debout, mais dont on se demande comment ils parviennent à garder leur équilibre. Aucun ne « pose » devant nous car aucun ne nous regarde : on est revenu aux personnages absorbés de la peinture classique. La touche est vigoureuse : de très près elle rappelle celle de l’expressionnisme abstrait.
D’un peu plus loin elle est efficace : b.philippe peut être réaliste s’il le veut. Mais il semble avoir en tête autant Velasquez et Manet que les pop et les hyperréalistes. Bref : un magnifique et savoureux exercice plastique construit sur une énigme visuelle qui ajoute à son charme. On reparlera de ce jeune peintre à la fois totalement en prise avec son temps et intimement relié à l’histoire de son art.
Jean-Luc Chalumeau septembre 2006
Quand un tout jeune homme remonte aux sources de l'art et y découvre la peinture.
Pour s'en approcher, il commence par faire une sorte de grand écart.
Un projet : peindre sa génération, peindre ses proches, peindre le vif, le plus vivant, dans la posture d'un mime de la mort, étendu mais debout, inerte mais terriblement habité. Chacun de ses personnages n'est qu'allongé, pas mort, bien vivant et même, dansant. Des individus, vraiment individués, mais tous plus ou moins rendus inertes par la pose. Posture de la peinture même, arrêtée en plein vol, toujours. Et pourtant non, le trait bouge encore quelque chose d'une énergie circule.
Troublant. Perturbant, au premier coup d'œil. Au deuxième aussi, un rien légèrement plus grand que nature, ou à peine plus petit. Toujours décalé.

La peinture comme décalage du réel, décalage et perception toujours Autre. Un grand écart qui est aussi une poétique de l'inerte. La peinture de l'entre-deux, la peinture remplissant tous les écarts. La matière même de la peinture et sa conception la plus haute en même temps.
Une lumière qui éclaire chaque panneau de toute l'histoire de la peinture, une fresque qui sourd d'un fond de matière brute comme un clin d'œil au passé, un scalpel de lumière qui déchire les arêtes des visages avec la même cruauté qu'un Caravage, les plissés antiques revisités en blue-jean…, une réappropriation de la figuration d'hier, d'aujourd'hui, et sans doute de demain.
Ce jeune homme est à l'âge de toutes les exigences. Il ne s'épargne pas. Son pinceau comme un couperet dans le vif du sujet. L'intransigeance même.
Ainsi, dès son commencement, B.Philippe résout le plus grand problème de l'art : qu'y a-t-il entre la vie et la mort? La peinture. Rien que la peinture mais toujours et terriblement au temps présent. La présence de la peinture même.
La vie arrêtée, c'est-à-dire le propre de la peinture, suspendue, en une éternité active. La dynamique de l'éternité.
Sophie Chauveau
La peinture, une quête solitaire ? Non.
Définitivement non.
On n’est rien sans les autres.
Une série donc, sur “les autres”, en suspension...
Il flotte en eux quelque chose d’étrange,
comme en un point d’inflexion...
L’immobilité et le mouvement, la présence et l’absence,
l’individu et l’accumulation, l’image et la peinture,
voilà ce qui s’est joué pour moi.
De la couleur, de la rigueur et une génération,
la “mienne” autant qu’elle puisse être mienne...
De la peinture comme un combat joyeux.
De la figuration comme une question.
Et le reste, c’est vous qui voyez !
b.philippe

Déjà petit, il était grand. Aussi n'a-t-on cessé de le lui répéter. « Mon Dieu, si grand, tellement grand... » Du coup il l'est devenu, grand. Vraiment. Et je ne parle pas tant de la taille de ce jeune homme -grand, c'est certain- que de son talent. Une manière de maturité picturale, un savoir, une sûreté. Il trace juste. Il maîtrise une palette classique ET moderne. Il épate.

Silencieux, tranquille, il peint. Il est absolument peintre. Il a la grâce. Le duende disait Lorca pour traduire ce qu'on ne peut expliquer mais qu'on ressent.
Oh ! Si. Bien sûr, on peut trouver des mots techniques et vaguement pédants pour décrire ses travaux, mais la grâce est ce qui traduit le mieux l'impression profonde que produisent ses cinq premières séries. La dernière surtout, qui semble répondre, sinon faire pendant, à « Un Air De Famille » laquelle représentait des singes en des attitudes, mettons fraternelles. Des singes si proches et si lointains.

Là il a osé s'en prendre à l'auto-portrait sans la dérision facile ni le faux recul goguenard à la mode. Juste, il a réinventé l'humour en peinture, un humour tendre envers soi. Ça n'est pas si aisé de « peindre celui qui peint », de voir celui qui (se) voit », à la fois tendu et fragile, attentif et si précis : l'être humain au raz de soi.
Il y a dans ses toiles une simplicité de lecture qui donne à voir tant de choses... Tant d'autres choses... Un regard tellement honnête -intransigeant- que ça en devient dérangeant. Presque inconfortable de franchise


Cette petite cinquantaine d'autoportraits ne s'appelle pas par hasard « ceci n'est qu'un je ».

Elle a la puissance du jeu de l'enfant quand il se décrète roi des étés et devient réellement le roi des étés.

Il n'a pas fini d'entendre dire qu'il est grand. B.Philippe.

Qu'il ne s'arrête plus de grandir, voilà tout le mal que je lui souhaite.

A Paris, le 18/10/2010

Sophie Chauveau
&
Juliet Gavison

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